Nicolas Bay, membre du bureau du ID Parti, est en ce moment en Hongrie. Voici la traduction de son interview dans Magyar Hirlap.

Vous arrivez bientôt à Budapest avec la mission d'enquête LIBE. Quel est l'objectif théorique et réel de cette mission ?

Je sais très bien comment fonctionne ce genre de mission. J’ai déjà eu l’occasion d’aller à Varsovie dans le cadre de la commission LIBE du Parlement européen, en septembre 2018, sur le même thème.

En théorie, il s’agit d’enquêter sur les supposées menaces qui pèseraient sur l’état de droit en Hongrie, afin d’appuyer la procédure article 7 du traité sur l’UE déclenchée par le rapport Sargentini voté en septembre 2018. En réalité, c’est un procès stalinien dans lequel l’accusé est condamné à l’avance.

 

Les groupes de gauche et le PPE sont-ils réellement intéressés par ce qui se passe en Hongrie ou ont- ils déjà pris leurs décisions ?

La gauche du Parlement – au sein de laquelle j’inclus le PPE en pleine dérive libérale – ne s’intéresse absolument pas à ce qu’il se passe réellement en Hongrie. Ils veulent seulement punir un gouvernement jugé trop conservateur, et imposer au peuple hongrois leurs lubies progressistes.

Il faut se souvenir de la motivation originelle de ces attaques contre la Hongrie et la Pologne. Le respect de l’état de droit n’était quasiment pas un sujet avant 2015. C’est à partir du moment où Budapest et Varsovie se sont opposées à la réforme du système d’asile européen, qui voulait imposer la répartition obligatoire des migrants, que Bruxelles a brandi le totem de l’état de droit. Il s’agit évidemment d’un prétexte pour faire plier des peuples rétifs aux diktats bruxellois.

Il suffit de voir les innombrables déclarations et prises de positions de la majorité du Parlement européen. Tous les deux mois, nous subissons lors de la séance plénière un débat sur la Hongrie ou la Pologne qui sont toujours désignées coupables d’imaginaires atteintes aux droits des femmes, des migrants, des LGBT, à la liberté d’expression... La gauche européenne passe son temps à demander des sanctions et des pénalités financières contre la Hongrie. Qui peut croire qu’elle vient ici, à Budapest, pour se faire une idée objective de la situation ? Elle vient plutôt prêcher son idéologie et faire campagne contre le Fidesz.

Quels sont vos projets en Hongrie ?

Je cherche avant tout la vérité. Pour ce faire, je vais naturellement participer aux réunions prévues avec mes collègues du Parlement européen. Mais je compte aussi avoir une série de rendez-vous en parallèle, avec des universitaires, des journalistes, des ONG conservatrices et des représentants du gouvernement. Mon souhait est d’avoir une vision complète et honnête de la situation, afin de pouvoir la rapporter à Bruxelles.

Je compte également faire de la pédagogie en France, où trop de mensonges sont répétés sans le moindre recul au sujet de la Hongrie. Peut-être vous en souvenez-vous : il y a trois ans, Emmanuel Macron a purement et simplement limogé l’ambassadeur de France en Hongrie, qui avait eu l’outrecuidance de lui adresser une note sur la réalité locale !

Notre ambassadeur, Éric Fournier, pointait notamment du doigt une inquiétante et irrationnelle « magyarophobie » de la part des grands médias et de la classe politique occidentale. Pour avoir dit cela, il fut renvoyé du jour au lendemain. Quant à moi, je ne suis pas un fonctionnaire mais un élu du peuple français. Emmanuel Macron ne peut pas me faire taire. Je dirai ce que j’aurai vu.

Comment voyez-vous le programme qui a été mis en place ? Est-il impartial ou biaisé ?

Nous n’avons pour l’instant qu’un draft program, mais il est édifiant : 8 heures sont prévues pour échanger avec 25 interlocuteurs marqués très à gauche – ONG, think tanks, academics, médias, organisations internationales - ainsi que 1h45 avec la coalition d’opposition et le maire de Budapest. De l’autre côté, 4h15 sont prévues pour des discussions avec des représentants du gouvernement et... seulement 3h dédiées à 18 organisations et médias conservateurs, soit dix minutes chacun à peine !

Ce programme reste à confirmer, mais on voit bien que la société civile conservatrice est à peine sollicitée. Le projet est clairement partial : il sera question d’écouter patiemment l’opposition, d’accuser le gouvernement et de négliger ses soutiens. Un exemple scandaleux est la nomination par le groupe Renew, au dernier moment, d’Anna Donáth pour remplacer Ramona Strugariu qui devait participer à la mission.

Je me souviens que lors de la mission LIBE à Varsovie sur l’état de droit, en septembre 2018, le député Marek Jurek avait été interdit de représenter le groupe ECR car il est polonais. Mais là, le président

socialiste de la commission LIBE autorise une député hongroise de l’opposition à venir à Budapest participer à nos travaux ! Le double standard est absolument honteux et démontre une vraie volonté de nuire au gouvernement hongrois.

La député en charge de diriger la mission, Gwendoline Delbos-Corfield, s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans la continuité de Judith Sargentini. J’ai déjà participé à des réunions présidées par Mme Delbos- Corfield au sujet de la Hongrie et son opinion est déjà faite. Elle vient en procureure, en accusatrice, pas en enquêtrice objective. C’est d’ailleurs une compatriote, que je connais un peu. En France, nous appelons les écologistes politiques des « pastèques » : verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur.

Quelles conséquences peuvent découler de cette visite ? Un autre rapport, peut-être ?

Un nouveau rapport est effectivement en préparation. Les attaques ne cesseront pas. Elles n’ont qu’un but : salir et déstabiliser le Fidesz en calomniant ses dirigeants. L’objectif ultime est soit le départ de Viktor Orban à l’occasion d’une élection – on devrait d’ailleurs sérieusement poser la question de cette ingérence scandaleuse de Bruxelles qui fait ouvertement campagne contre un parti national –, soit sa soumission politique aux desideratas de l’UE.

La méthode employée est méprisable. Après avoir constaté que la voie juridique, via la procédure article 7 TUE, était une impasse, Bruxelles veut maintenant frapper la Hongrie au portefeuille en prenant en otage le peuple hongrois qui se retrouve privé des fonds du plan de relance et peut-être bientôt des fonds structurels. Il y a une volonté claire de participer à l’asphyxie du pays, afin d’en dégrader la situation économique dans l’espoir que les électeurs en jugeront le Fidesz responsable.

Mais les élites occidentales post-nationales montrent l’étendue de leur inculture. Elles-mêmes sortie de l’histoire, elles ignorent que les Hongrois ont toujours eu à se battre pour exister. Héraclite disait que « le combat est père de tout » : les menaces de quelques bureaucrates hors-sol sont peu de choses pour une nation millénaire fière de son identité.